Mais venons-en à ce livre. Son idée est née pour contribuer aux célébrations du bicentenaire de la première ascension au Mont-Blanc. Après avoir collationné les trouvailles les plus connues (et dont le lieu de conservation nous était connu), les difficultés qui se dressèrent devant nous apparurent au grand jour. En creusant la question, nous découvrîmes, en effet, qu’aucune autre montagne n’a été célébrée et peinte comme l’a été le Mont-Blanc.
Déjà bien avantsa conquête (le 8 aoûtl786), le Mont-Blanc avaitfasciné les voyageurs, les hommes de culture et les artistes. Etaprès la publication du livre An account of the glaciers or ice Alps of Savoy (Londres, 1744), du Genevois Pierre Martel, décrivant le voyage de Genève au Montenvers réalisé par les Anglais William Windham et Richard Pococke, qui furent les premiers à révéler au grand public les merveilles de la Vallée de Chamonix, ce fut l’explosion d’une véritable mode. Il faut d’ailleurs mentionner le fait que c’est précisément dans ce livre qu’apparaît pour la première fois l’appellation «Mont-Blanc» pour une montagne jusqu’alors appelée «Alpes Chenues», «Alpes Cornues», «Mont Maudit» ou «Mont Mallet».
On peutdire qu’après l’ascension réussie du jeune médecin Michel-Gabriel Paccard etdu guide Jacques Balmat (par la suite surnommé «Mont-Blanc» par décret royal) et après celle, également très célèbre de Horace Bénédictde Saussure qui lui succéda, cette montagne et sa conquête connurent la gloire universelle et attirèrent de plus en plus de touristes. Qu’il suffise de mentionner le fait que déjà en 1850 on vendait, à Chamonix, des albums appelés «souvenirs» (précurseurs ou prototypes de nos carnets de cartes postales illustrées), contenantde bonnes lithographies paysagistes signées par des artistes connus, etatteignantdes tirages considérables pour l’époque.
Des peintres professionnels etamateurs passèrent leurs vacances au pied du massif et ramenèrent des toiles superbes ou modestes mais toujours pleines de charme. L’alpinisme connut un développement rapide et attira des passionnés du monde entier, devenant ainsi une des activités principales des habitants de la vallée. L’épilogue de cette grande aventure est constitué par des albums de dessins, des revues, des livres et des feuilles volantes.
La collecte de ce matériel considérable montra à l’évidence la nécessité d’une sélection rigoureuse et, dans les limites fixées à l’avance, d’un approfondissement tout aussi rigoureux.
Nous avons donc choisi les gravures, aussi bien celles qui faisaient fonction d’illustrations des livres de l’époque que les planches qui faisaient partie de collections importantes. L’époque choisie est celle entre la fin du XVlIerne siècle (la carte de Borgonio, de 1680, qui comporte une représentation articulée bien qu’assez fantaisiste du massif), etla fin du xixeme siècle. Sans l’aide de nombreuses personnes privées et d’institutions, notre recherche n’eut point été possible et les remerciements publiés dans ce volume, ne sont pas seulement obligatoires, mais également sincères.